Réactions

En voulant expliquer ce qui nous rend heureux.se, nous avons tendance à nous connecter à l’ensemble des récits de société qui parlent du bonheur à un endroit, un moment et au sein d’un milieu donnés. En décrivant ce que nous pensons être les piliers de notre bonheur, nous restituons des discours que nous avons plus ou moins intégrés, sans forcément les avoir analysés. Nous sommes davantage les enfants de notre époque que de nos parents dit un proverbe chinois repris par l’historien français Marc Bloch. En fonction de notre milieu social et de notre âge, il existe une relative homogénéité dans les substrats du bonheur que nous évoquons. L’influence de la socialisation sous toutes ses formes est suffisamment forte pour que nous soyons les conducteurs d’un ensemble de récits collectifs.

Selon Georg Simmel, chaque époque est régie par ce qu’il appelle « un roi clandestin », qui dicte les règles des institutions et de l’imaginaire collectif. En observant l’évolution de notre quotidien, des langues, des mœurs, de l’Eglise ou du droit, le sociologue allemand nous apprend que « ces phénomènes apparaissent comme les produits et les fonctions d’un être impersonnel auquel les individus participent », un être impersonnel qu’il nomme le roi clandestin. De la même manière, chaque époque est régie par un « bonheur clandestin », un être à multiples facettes qui nous parle plus ou moins directement de ce qu’est et devrait être le bonheur. Il nous parle :

-par une voie directe, celle des récits évoquant explicitement le bonheur. Par exemple, «pour être heureux, il faut profiter de chaque instant »

-par un certain nombre de voies indirectes à travers les normes de société, qui peuvent être de puissants conducteurs ou freins à notre bonheur. Ainsi quand nous sommes invités à faire des études, à gagner de l’argent, à être quelqu’un, ce sont des promesses implicites de réussir et, indirectement, d’être heureux.se.

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A peine évoqué, le bonheur clandestin semble en avoir exaspéré plus d’un(e) et ils et elles n’hésitent pas à le faire savoir. Leur réaction ci-dessous. Pour tout réclamation au bonheur clandestin: bonheur.clandestin@gmail.com

L#OD#e#e bonheur n’est pas là où vous le pensez

#PB

Foutu bonheur clandestin
Pour reprendre en main mon destin
Par la barbichette, je te tiens
Façon Patrick Sébastien
Serrés au fond de cette boite
Pour de ton oppression nous libérer
Nous te collons une droite

#OD

Chaleur moite, souffle court, soif intense,
Vent salé, pieds en l’air, cœur qui danse,
Tout autour, des amis aux sourires entendus
Présent vide, selfies superflus,
Loin de moi ces écrans,
Place à l’unique, au fantasque, à l’inutile,
Enfance retrouvée dans un bonheur panoramique
Loin de moi ces écrans, dictateurs !
Je retourne à l’ennui, source de bonheur.

 

#AD

Et pourtant, docteur, j’ai tout pour être heureux.

Une gentille femme, deux beaux enfants

Une grande maison dans un paisible lotissement

Dans mon parking un cabriolet

Et des vacances de rêve à chaque été

Mais aujourd’hui je suis fatigué

Je n’ai plus l’énergie pour avancer.

J’ai travaillé dur pour gagner plus que de besoin

J’aurais mieux fait de cultiver mon jardin.

 

#SH

Le bonheur, mode d’emploi
Appliquer ce que me disent les médias
Consommer, représenter, se valoriser
Se fondre dans un modèle de société
Je te remercie, cher bonheur clandestin
De chaque jour, me montrer le chemin

#AM

Bonheur clandestin
Tu feras
Tu seras
Tu auras
Tu croiras
Tu t’oublieras
De vos clinquantes et absurdes injonctions,
Je fais des étoiles
Je suis une étoile
J’ai des étoiles
Je crois aux étoiles
Je m’oublie dans les étoiles
#BG
Un autre moi,
Conçu par les autres,
Un costume,
Dans lequel on me demande de rentrer
Trop petit trop étroit
Un sourire figé, sans joie
Qu il vole en éclat !
#EE

Le miracle d’un retour et la conscience du précieux de la vie,
Que j’ai pu (re)donner par trois fois – c’est inouï !
Moi qui ne devais pas vivre au-delà de mes 20 ans.
Un état d’esprit infaillible qui me rappelle que le bonheur se mesure et se vit,
Chahuté , tourmenté et parfois affaibli,
Il me surprend, et quand l’AUTRE me sourit – c’est reparti.

#DB

Pourrai-je trouver le bonheur

Sur cette voie qui m’est tracée

Vers ce point dans une direction pointé

Moi qui de la VOIE aime tant m’échapper

Par le chemin des écoliers

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#AD

Nous te recherchons tous sans jamais te trouver,

Tu es un mirage de notre société,

Nous te connaissons tous sans pouvoir te nommer,

Tu es un produit de la publicité,

Nous t’adorons tous au lieu de te détester,

Tu es le bonheur clandestin.

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#PB

Ô, bonheur clandestin, de ta présence perfidement tu nous imprègnes

De tous les côtés, des valeurs prescrites on nous enseigne

Je souhaite que par notre effort de compréhension,

Arrive pour tous la fin de ta domination

Et que, ainsi, nos propres choix, nous réalisions

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#SM

Vilain, vilain

Malin, malin

Perlimpinpin

Le clandestin

Reste serein

Main dans la Main

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#LR

Ecco a voi la felicità clandestina

Pur di far rima si traveste da fatina

Ma non pensar che sia facile e raggiungibile

Per esser felici bisogna andare in fondo

Viaggiare in tondo anche per tutto il mondo

E scoprire che invece tutto ciò che brilla è invisibile

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#GB

Sans parler, il est si bruyant

Sans être vu, il est aveuglant

Sans être nul, il est partout

Sans le connaître, il est parmi nous

Sentons par où il vient, ses chemins, ses routes

Pour l’éconduire une bonne fois pour toute

***

#NB

Toi, le bonheur clandestin
Qui essaye d’influencer notre destin
Sache que le bonheur réel
Sera le seul à créer l’étincelle
Qui façonnera notre quotidien
En un formidable dessin

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#DT

Le bonheur clandestin,

cette petite ivresse des sens,

qui sous une cloche arrondie et policée,

ne laisse échapper

que le reflet déformé

d’un cœur piégé

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#FR

De la première heure du matin, à la dernière lueur du jour,
Mon cœur bat trop vite.
Et ce n’est ni par ardeur, ni par amour,
Mais plutôt pris de panique dans une impitoyable fuite,
En avant vers un futur insensé.
Qui viendra enfin pour le calmer ?

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#JP

Jeune, je l’aperçus de manière fugace.

Mais, comme tout fugitif, il s’échappa.

A sa recherche, souhaitant le capturer,

Il occupait mes moments négligés.

Lasse de ne voir que son ombre dans les coins,

Je m’assis, il était là, me souriait.